Chômage: existe-t'il une solution?

Chômage. Un mot qui fait peur. Qui énerve ou désespère, c’est selon. Certains connaissent la cause du problème « on ne pousse pas les gens à travailler dans notre pays ! ». Ou d’autres sont convaincus de posséder la solution : « il faut baisser les charges des entreprises ». Les barrières sont nombreuses. Les effets d’annonces aussi. Dans ce méli-mélo d’idées, parmi cet écueil de programmes en tous genres, on remarque que l’échéance présidentielle pousse le gouvernement actuel vers des actions d’urgence : le chômage a baissé en effet mais la précarité menace un nombre de personnes de plus en plus important. L’heure est aux résultats et au bilan pour le gouvernement de Villepin : le court terme est donc pratiqué. Les contrats nouvelles embauches illustrent bien ce phénomène. Ce qui s’ensuit a peu d’importance. L’essentiel a posteriori est d’être réélu, de marquer son nom dans les livres d’histoire…
Nous sommes loin des belles années 70, période pendant laquelle « pour avoir un job il suffisait d’être volontaire » comme l’affirment nos quinquagénaires français. De quoi laisser rêveurs nos jeunes étudiants surdiplômés. En effet, aujourd’hui la donne est tout autre. Il ne suffit plus d’être motivé et avoir des diplômes. Comme le dit un HEC dans un forum sur l’emploi « [...]à ma grande surprise je ne trouvais pas de travail à la sortie de mon école." Si l’élite est pareillement touchée, que devons-nous penser des autres au profil académique moins exceptionnel ? Le gouvernement a pris ses engagements, les médias annoncent une baisse ce mois-ci mais quelle est la situation réelle aujourd’hui en France ? Quelles sont les véritables causes et quelles sont, si il y en a, les solutions pouvant être apportées ?
L’intelligentsia politique fait de nombreuses annonces autant à droite comme à gauche mais aucun discours ne semble vraiment convaincant ni innovant. Certains ont apparemment trouvé le coupable en désignant les immigrés qui profitent du système social français qui « tient au chaud » nos « chers petits feignants » et en attirent chaque jour de plus en plus. D’autres - en apparence plus loquaces – sonnent le glas de l’Europe, de son unicité et professent un « copy-paste » des modèles gagnants (à voir…) en citant l’Angleterre et la Suède qui ont réduit significativement leur taux de chômage par des mesures diamétralement opposées. Evidement, il y a dans cette masse de « Géos trouve-tout » des dissidents qui, par un élan de discernement (mais sans être écoutés pour autant) proposent des bribes de projets plus ou moins tangibles. Les anglais ont rapidement baissé le nombre de chômeurs mais ont fait croître la précarité en parallèle : temps partiel et salaires au rabais en réalité (4% de chômage mais 17% de pauvres). Les suédois quant à eux, ont entrepris une série de réformes en matière d’éducation, de santé et de service public. Comme met en évidence Magnus Falkehed, correspondant suédois en France, le principe de concurrence établi dans tous les secteurs a de quoi aviver des craintes : dans certains secteurs publics comme l’électricité par exemple, les suédois ont vu leur facture augmenter sensiblement. Même chose dans le domaine des transports où la qualité du service s’est paradoxalement dégradée depuis les privatisations. Santé rime dans ce pays avec quotas, restrictions budgétaires et baisse significative de la qualité des services. Sachons également que pour ces voisins européens, l’ordre et les règles sont cependant plus respectés que chez nous. Il est vain d'exiger des français une obtempération similaire.
Alors, qui faut-il croire ? Quelle théorie choisir ?
A première vue, les courants xénophobe et souverainiste – présentés sous forme populiste de surcroît - paraissent tout à fait simplistes (désolé pour le pléonasme). Les causes du chômage en France sont multifactorielles : ce n’est pas le simple fait d’une part trop importante d’immigrés ou de signataires aux allocations (RMI et autres).
Le chômage en France est en partie la conséquence d’un état général. Le non à la constitution a bien montré le caractère non-capitaliste de notre nation, le refus du mieux vendre pour conserver son mieux vivre. Le modèle français (pardon aux opposants de cette théorie) est donc né et repose sur ces deux notions-clés. L’actualité nous rappelle que le premier trouve une parfaite traduction dans les mouvements sociaux à Marseille initiés par la SNCM et les conducteurs de métro.
On veut que ça bouge mais on résiste au changement dans un même temps. Un paradoxe typiquement français. On veut du travail, un beau cadre de vie, la meilleure couverture sociale au monde, des vacances, bénéficier d’aides et on ne veut pas du modèle américain, travailler plus, privatiser les services publics, intégrer la Turquie dans l’Union Européenne, laisser entrer les produits asiatiques…etc. Le monde perçoit la France comme un mauvais élève et ce, à plusieurs titres. Nous sommes capables de donner des leçons aux mauvais élèves de l’UE alors même que Bruxelles sanctionne la France sur divers sujets et qu’en refusant la constitution nous avons impulsé une grosse crise identitaire de l’Europe. Nous dénonçons le laxisme des autorités américaines concernant la gestion de l’ouragan « Katrina » et sommes outrés par le fait que la population noire
est principalement touchée alors que nous avons nous-mêmes négligé l’affaire des incendies de Paris ayant fait exclusivement des victimes…d’origine étrangère. Ces contradictions auxquelles nous sommes « abonnés-présents », marquent au fer chaud un état d’esprit unique au monde (gaulois ?) qui ne manque pas de désabuser les pays voisins et d’estomaquer le reste du globe. Nous sommes loin de la question du chômage direz-vous. Et pourtant non. Pour comprendre les causes d’un mal, il est primordial de cerner les tenants et les aboutissants. « Les français sont compliqués » disait Mr Sarkosy sur une chaîne TV. Ils le sont et semblent très loin de mesurer à quel point cela influe sur leur économie. Nous sommes définitivement peu orientés vers la performance. Quelques rêveurs diront que la performance peut se cultiver en France. Cela implique en définitive un changement profond des mentalités et notre pays est loin d’être ou de devenir le meilleur représentant dans ce domaine. Alors oui, évidement il y a des solutions pour pallier au phénomène du chômage. Commençons d’abord à faire notre auto-critique avant de perdre inutilement de l’énergie à dénoncer les carences des uns et des autres. Sortons du carcan d’exportation du vin et produits de luxe et tournons-nous vers de nouveaux savoir-faire et dveloppons les compétences existantes par exemple.
De nos jours, un artisan possédant une petite entreprise de carrelage gagne plus qu’un manager chez Barclay’s ou Adidas. De quoi se poser des questions sur l’orientation de nos jeunes dont la réussite au bac général et le niveau universitaire ne cessent de croître alors que nous manquons cruellement de main d’œuvre qualifiée. Il serait peut être temps de mieux valoriser les filières professionnelles et techniques.
Une autre mesure serait de baisser les charges imputées sur la masse salariale plutôt que de baisser l’impôt sur les grandes fortunes ou sur les sociétés comme il est question en ce moment. La gestion et le coût des salariés annihilent les actions entrepreneuriales. Un allègement dans ce domaine donnerait une bouffée d’air aux patrons et aurait pour effet de doper l’embauche. Aussi, un impôt sur les transactions boursières et sur l’actionnariat devrait être appliqué. Mais là on touche à l’intouchable : les transactions boursières dépendent d’autres marchés financiers et la mise en place d’un impôt dans ce domaine signifierait de l’étendre aux autres places boursières. Une utopie pour le moment.
Réunir autour de la même table politiques, mouvements sociaux et syndicats permettrait d’envisager des solutions propres à la France. Néanmoins, peu importe les idées mises en avant, la complexité française, l’état d’esprit français est plus un frein actuellement à toute proposition de réformes. L’avenir, incertain, prendra sa forme heureuse dans un changement profond des mentalités et une prise de conscience collective. Les médias, les politiques ont un important rôle de communication à jouer dans ce domaine pour changer la situation en France. Mais il est nécessaire de garder à l’esprit le fait que les français ont eux aussi en main les clés pour y remédier : ils doivent se positionner en tant qu’acteurs de leur économie dorénavant sans quoi la prochaine génération aura un héritage dont elle se passerait bien …
D-S
Sources :
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/03/BULARD/11147
http://www.parti-socialiste.fr/etudes/article.php3?id_article=97
http://www.temps-reels.net/article1012.html
http://www.humanite.presse.fr/journal/1993-09-10/1993-09-10-683857
http://quicksitebuilder.cnet.com/supfacts/id437.html





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