Traité constitutionnel: le vrai du faux
- Le chaos des idées politiques et militantes -
On nous demande de voter sur un texte et non pas sur la politique européenne actuelle qui nécessite des améliorations évidentes (dû à une absence de cadre législatif et à un mauvais Traité de Nice). De plus, aucun texte de constitution n’est parfait (ni la constitution française actuelle), mais en même temps posons-nous la question : "est-ce une constitution qui va changer le paysage européen ou bien la politique européenne en elle-même ?". Les gens parlent de la directive bolkestein ou de la Turquie alors qu’il n’en est même pas question dans cette constitution. Si on s’intéressait un peu à la politique européenne, on saurait que cela fait 6 ans au moins que la Turquie est un sujet de discussion. Mais les médias (TV en particulier), ne jouent à aucun moment leur rôle d’information, ils font plutôt le jeu de la désinformation facile. Les gens lisent de moins en moins les journaux, et s’informent pour la plupart par le truchement de la TV. Résultat : confusion générale et intégration de faux clichés.
Projection
Un équilibre entre politique sociale et politique économique est nécessaire pour cette Europe. On ne peut pas faire l’un ou l’autre, ni l’un plus que l’autre. Mais aujourd’hui, sans des mesures économiques fortes (que le rassemblement entre pays permet) la France, l’Europe vont être très vite dépassées par l’émergence de nouveaux entrants dans l’économie mondiale de marché. Pendant que nous débattons sur cette constitution, d’autres (Chine, Inde) nous enlèvent des emplois. Sans un groupement économique et social, sans une réflexion commune, la France sera dans quelques années dépassée (elle commence à l’être déjà avec la crise du textile pour ne citer que celle-ci).
L’Europe est aujourd’hui (hier aussi mais beaucoup moins) le sujet de diverses critiques : - Trop bureaucratique - Pas efficace - Peu réactive aux problèmes de délocalisation entre autre - Déshumanisée - Libérale - Idéologies en tous genres...
Quels sont les changements apportés par ce Traité Constitutionnel ?
Améliorations
1) Pour le moment, avec le traité actuel, la France possède 9% du droit de vote.
Avec le nouveau traité, la France obtiendra 13,2% : le nouveau traité va augmenter le droit de vote de la France de 40%. Notre voix aura plus de résonance au sein de l’Europe.
2) Le traité de Nice oblige un "roulement" des Présidents de l’Union tous les 6 mois. De plus, et c’est là où je mets en doute la faculté de nos chers politiques à réfléchir, le Président de l’UE est obligatoirement un Président National dans son pays et doit cumuler ses 2 mandats. Comment voulez-vous q’un Président d’un pays à la fois Président de l’UE et remplacé aussitôt après 6 mois puisse régler les problèmes dont tout le monde se plaint ?
Le traité constitutionnel propose une présidence de 2 ans et 6 mois sans responsabilité nationale.
3) L’Europe d’aujourd’hui décide à l’unanimité : hier Europe des 6, ce fonctionnement ne posait pas trop de problèmes mais aujourd’hui il devient impossible de prendre des décisions efficaces sur des problèmes tels que la délocalisation, être réactif voir proactif lorsque 25 pays doivent être unanimes pour faire voter une loi. Aujourd’hui, on remarque l’absence de politique européenne en matière d’immigration. Demain, le nouveau traité permettra de voter à la majorité : une avancée considérable pour les européens en matière d’immigration, de délocalisation, chômage...etc.
Pour répondre à ceux qui pensent que la nouvelle constitution enlève nos droits : l’article III- 365 par.4 donne aux citoyens les moyens de les faire respecter. Il s’agit d’une garantie fondamentale qui n’a pas d’équivalent en France (la constitution française ne permet pas aux citoyens de saisir directement le conseil constitutionnel si un de leur droits fondamentaux a été violé). Dans quelles hypothèses sera-t-il possible de faire de tels recours ? Par exemple, dans le domaine social, ce pourra être le cas :
de travailleurs victimes de discrimination dans l’accès à l’emploi ou aux possibilités de promotion dans leur entreprise
des travailleurs exerçant dans un autre état membre que le leur, ou des étudiants, ou des demandeurs d’emploi , à qui on refuse le droit d’accès aux prestations de sécurité sociale et aux aides sociales dans les mêmes conditions que les nationaux de cet état
de délégués syndicaux dont les droits d’information et de consultation dans l’entreprise ou les doits de négociation et d’action collective ont été violés
de travailleurs dont les conditions de travail sont préjudiciables à leur santé, à leur sécurité ou à leur dignité.
Confusion
Voici le passage d’un article provenant d’un journal alternatif militant, il concerne la directive bolkestein : "[...] La nouvelle Constitution européenne permettrait d’accélérer ces mesures et interdirait toute législation nationale plus favorable, puisque le droit européen serait supérieur au droit français. Les conditions de sa révision (unanimité des états) rendent de fait impossible toute remise en question d’une politique économique et sociale qui a déjà causé des ravages dans de nombreux pays développés et en développement [...] Lutter contre la directive Bolkestein nécessite de s’attaquer à la source du problème : le modèle néolibéral de construction européenne dont elle n’est qu’un reflet. Cela implique s’opposer au projet de Traité constitutionnel qui veut consolider, légaliser et pérenniser cette Europe capitaliste néolibérale"P.V. Un exemple de contre-vérité frappant : il écrit qu’il est impossible toute remise en question, toute révision à cause du principe d’unanimité. Comme vous pouvez le voir dans le 3éme grand changement énoncé plus haut, la constitution propose de passer de l’unanimité à la majorité ! De plus, il associe néo-libéralisme (il n’est pas sûr qu’il maîtrise le sens de ce terme) et Europe, ce qui est un manque de réflexion évident de sa part : c’est le monde qui est néo-libéral. On peut même dire que la France est néo-libérale à son niveau. Donc arrêtons de faire des analogies hâtives qui aboutissent sur de l’absurdité. C’est grave, voir très grave de nommer "journal alternatif" un journal dont le coeur de rédaction ne prend pas le temps de réfléchir. On attend le contraire d’un journal de ce type : nous voulons qu’il fournisse de la vraie info et non pas un discours militant, passionné qui désinforme. Voilà ce que prône les antagonistes du NON pour la plupart : la désinformation ! Lepen et Devilliers en sont les parfaits représentants. Pour les autres, tous les reproches qui sont faits à l’heure actuelle ne concernent aucunement la constitution : les craintes émises par les partisans du non sont issues des traités précédents (Maastricht, Rome, Nice). Ce nouveau traité tend à résoudre ces problèmes au contraire.
Reprenons les slogans des manif étudiantes "Un pas en avant, trois pas en arrière" : plutôt que de faire un pas en avant, on est en train de faire trois pas en arrière. Les négociations post-non auront lieu avec des gens comme Lepen, Devilliers, l’extrême droite européenne, les ultra-libéraux et dans le cas où les autres pays européens disent oui, la France perdra de sa légitimité et ne représentera plus dans cette Europe un contrepoids à l’ultralibéralisme pour reprendre les propos des plus véhéments. Elle perdra obligatoirement des voix au conseil et perdra de facto de son importance. Bush et les néo-conservateurs vont se délecter de cette confusion, et de voir la France perdre la face. Oui, la France, pilier de cette union avec l’Allemagne et le Benelux, est observée par les autres pays non européens qui envient l’initiative européenne. De plus, et pour répondre à ceux qui pensent que cette constitution est ultra-libérale : il n’est à aucun moment mentionné ou sous-entendu dans la constitution des idées libérales, c’est plutôt le contraire. L’article I - 3 ne fait que succéder à l’article 2 du traité sur l’Union européenne et aux articles 2 et 3 du traité instituant la Communauté européenne : « l’action de la communauté comporte un marché intérieur caractérisé par l’abolition, entre les Etats membres, des obstacles à la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux." N’oublions pas aussi que l’Europe renvoie à l’idée de solidarité : de nombreux pays rêvent d’approuver cette constitution pour intégrer (fait nouveau) des principes d’égalité, de valeurs communes dans leur pays qui n’en possède pas dans leur propre traité national. Après tant d’efforts pour intégrer les politiques nationales des différents pays européens, on obtiendra une désintégration de la politique européenne et par conséquent une Europe à 2 vitesses (ce que la constitution tend justement à inverser) tant mentionnée par les partisans du non. Les relations franco-allemandes pâtiront également du NON ; les piliers tendront à s’effriter in fine. Il y avait un débat concernant le traité sur fr3 avec Devilliers, Le Président du Parlement, Copet, et un historien/ écrivain : ça n’a pas mené à grand chose tant les partisans du non coupaient la parole, et étaient en statut d’agresseurs (mécontentement que l’on peut comprendre). Seulement, en voyant les fervents du OUI débattre et adopter une position passive, le débat donne vite raison au non : Copé a utilisé son langage politicien (c’est à dire qu’il n’a rien dit) et le Président du parlement avait du mal à se faire comprendre avec son accent espagnol. De plus, Devilliers a monopolisé la parole outrageusement : la commentatrice n’a pas fait son boulot de le virer (eh oui les négociations pour une nouvelle constitution se feront avec des gens comme lui). La TV et les politiciens français seront coupables de ne pas avoir assez bien informés les français : d’autres s’en chargent pour eux comme la jeune fille qui écrit dans un forum que son université la pousse à dire non. Nous n’avons pas à envier les américains : nous sommes bien manipulés également...
Compétition
Voter non et on reste avec nos problèmes et nos revendications. Voter OUI et les choses changent : sortons du négativisme facile ! Oui, la société va mal, la société change mais est-ce à cause de l’Europe ? Doit-on suivre la dynamique contestataire et se contredire, s’opposer à ce que finalement nous attendons tous : des changements ? Si il y a une crise du textile aujourd’hui, du chômage, des délocalisations, est-ce la faute de la politique européenne ? La réponse est non. C’est le contexte économique mondial qui veut ça. La Chine et les USA (deux sociétés ultra capitalistes) mettent tout en oeuvre pour doper leur économie. L’Inde émerge d’une période difficile et le Brésil est à considérer dans peu de temps. Ces nouveaux entrants vont nous mener la vie plus que dure : ils nous enlèvent des emplois et nous en enlèverons encore si l’on ne se bouge pas économiquement parlant. Les pays européens vont contrebalancer ce déséquilibre bien amorcé déjà. Ils ne possèdent pas le cadre législatif nécessaire pour prendre des mesures efficaces avec le traité actuel. Dire non, c’est tout simplement stopper le processus de changements que nous désirons tous. Dire non, c’est le risque très probable d’obtenir moins que ce qui nous est proposé et la menace d’un effritement de l’Europe qui ne se relèvera peut-être pas indemne d’un vote contestataire de la France. Vouloir rester sur ses acquis, sur une France des années glorieuses, sur une France sociale est beau (notre désir le plus ardent) mais demeure utopique. L’utopie est par définition "un plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun" : nous désirons tous ça. Mais il n’y a pas d’idéal : il y a une réalité. La réalité de la compétition, de l’économie qui engendre en partie inégalités sociales, chômage,...etc. Refuser la compétition, c’est se faire absorber par les puissants et perdre notre identité. La question subsidiaire est : "doit-on faire des concessions sur certains acquis sociaux pour faire face aux problèmes récurrents d’emplois, de privatisation, de délocalisation, tout en réduisant les inégalités sociales dans notre pays ?" Il n’y a qu’une réponse. Elle est positive. Deux orientations s’ouvrent à nous aujourd’hui : le repli sur soi ou le développement par le truchement d’un groupe.
Action
Préférons le regroupement à l’isolement. Soyons lucides : la France seule, ne pourra pas régler ses crises car l’origine est en grande partie exogène. Une économie forte, le fric comme disent à juste titre certains, va nous donner le moyen de nos ambitions sociales. Je veux une France économiquement forte pour financer des initiatives contre la pauvreté, les inégalités et la privatisation abusive. "Nous « utopons" une France forte, indépendante d’esprit, libre de revendiquer son identité. Nous voulons que notre pays soit un modèle social et économique. Jusqu’à aujourd’hui, les gens pensent blanc ou noir, pensons gris. Développons la différence, cette fameuse « exception française » et opposons-nous farouchement à une voix unique, aux nouveaux dogmes sociaux et libéraux. Souhaitons que nos élites cultivent la différence française longtemps à l’échelon européen et mondial.
Progressions
En mai, tenons compte des conséquences néfastes du non et ne nous laissons pas embarquer par les avis rétrogrades d’autres personnes. Prônons un vote de sagesse, projetons le pays vers l’avenir et pensons à sa place dans cette économie de marché. Le traité constitutionnel ne contient que des avancées sur le plan social et démocratique par rapport à l’ancien traité. Les partisans du NON disent : « Le traité fait du marché et de la concurrence libre et non faussée les valeurs suprêmes de l’Europe ». Le principe d’un « marché unique où la concurrence est libre et non faussée » est de tous les traités européens depuis l’origine. Tous les éléments nouveaux par rapport aux traités antérieurs ont été imposés par les socialistes et les sociaux démocrates européens. Jamais les objectifs de l’Union n’ont été autant dirigés dans le sens des socialistes. La constitution est perfectible mais un NON sera le contraire de ce qu’attendent la plupart des français : une régression sociale et économique sans précèdent dans l’histoire de l’Union.
Constitution
Alors, arrêtons de nous plaindre de la société actuelle (mercantile, libérale...etc.) et de transférer tous nos maux sur ce traité : on se trompe véritablement de combat ! Le but du traité n’est pas de résoudre tous nos problèmes actuels. Nous sommes français et le resterons plus que jamais : aimons la France et ses idées atypiques, voire utopiques, contestataires, ses valeurs humaines, son égocentrisme même. Le combat a été, est, sera hors du contexte législatif de l’Europe. Incitons tout le monde à ne pas perdre de temps : partageons nos idées, faisons avancer nos intérêts sociaux et sociétaux en votant OUI au cadre législatif que l’on nous présentera le 29 mai.





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